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La permaculture en question(s) avec Le Jardin Ressource

La permaculture, ça vous dit quelque chose ? Vous en avez certainement entendu parler mais ce concept n’est peut-être pas encore tout à fait clair pour vous. Alors cette semaine, nous sommes allés à la rencontre d’un spécialiste de la question, Joris Danthon. Joris et son collaborateur Julien Burgaudeau sont à la tête d’un « bureau d’études inspiré par la permaculture », le Jardin Ressource basé à Nantes.

# Joris, en quelques mots, c’est quoi la permaculture ?

Au Jardin Ressource, on définit la permaculture comme l’art de concevoir des systèmes régénératifs répondant aux besoins humains. On parle d’art parce que la permaculture est basée sur un savoir technique et pratique mais il y a aussi une notion de créativité qui est importante. Pour 99 % des gens, la permaculture c’est le jardinage et l’agriculture. En fait c’est réducteur car la permaculture correspond de manière plus large à une conception intellectuelle et à la création. Elle est donc applicable dans divers domaines comme l’architecture et le design par exemple. La notion de systèmes régénératifs est fondamentale elle aussi. Elle porte à la fois sur le plan humain au travers des liens sociaux qu’elle permet de tisser et sur le plan de l’environnement.

permaculture - jardin ressource - nantes - interview

Le Jardin Ressource

On change de paradigme car il n’est plus seulement question de limiter notre impact négatif sur l’environnement en tant qu’êtres humains mais bien d’augmenter notre impact positif. C’est vrai après tout : si nous n’étions pas là, nous n’aurions pas besoin de permaculture ! La Nature se débrouille très bien toute seule J Elle finit toujours par se régénérer. La permaculture cherche des solutions pour accéder enfin à l’harmonie entre l’humain et son environnement. Enfin, les besoins humains justement. Ils correspondent aux besoins physiologiques comme celui de se nourrir par exemple, mais pas seulement. Il faut prendre aussi en compte les autres besoins comme celui d’appartenance pour ne citer que celui-là. Par exemple, un jardin partagé répond certes aux besoins d’autosubsistance (l’objectif de départ) mais il répond avant tout aujourd’hui à des besoins sociaux. Il permet de créer du lien.

A l’origine, le terme permaculture résulte de la contraction des mots permanent culture en anglais. Permanent car on parle de culture sur du long voire très long terme. Et puis il y a aussi la polysémie du mot culture…

J’ajouterais également les notions de résilience et d’efficience. La résilience c’est un terme emprunté à la physique qui désigne la capacité à surmonter une altération de l’environnement. En effet, on sait bien que des systèmes statiques qui ne font pas preuve d’adaptation ne peuvent que s’effondrer au bout d’un moment. Et l’efficience car on recherche l’efficacité. Après tout, la permaculture a été inventée par des scientifiques !

# Vous au Jardin Ressource, vous proposez entre autres des initiations à la permaculture urbaine… A quoi ça correspond ?

A travers ces initiations, nous souhaitons montrer comment appliquer les principes de la permaculture en milieu urbain c’est-à-dire comment réinvestir des terrains en friche, que faire avec des sols pollués, comment s’adapter à des espaces restreints, etc.

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©MSI Sakib

Pendant ces formations, nous revenons sur toute l’histoire de la permaculture et ses concepts. On voit les bases de la méthode. On sensibilise aussi sur le fait que la permaculture n’est pas qu’un ensemble de techniques à appliquer. La première étape c’est l’observation. Pour cela on s’appuie sur des outils d’analyse de terrain, on initie les participants à la création de cartes. Ensuite on aborde beaucoup d’autres aspects : les outils d’intelligence collective, les notions de base en biologie, des techniques de jardinage urbain, etc. En permaculture, les projets sont tous différents. On ne peut pas « se contenter » de suivre un cahier des charges, cela n’aurait même pas de sens ! Cela demande une grande capacité d’adaptabilité.

Les initiations ont lieu sur un week-end. On propose d’aller plus loin avec des stages de design en permaculture sur 7-8 jours (pour le moment en cours de préparation).

# Justement, quels sont vos autres domaines d’intervention ?

On fait plein de choses ! Déjà, on propose de la formation avec un cours de jardinage par mois suivant une thématique spécifique. On propose également 5 initiations par an sur un week-end. Et puis des formations plus longues sont en cours de préparation comme un stage de jardin forêt, un stage de design… On va proposer pour la première fois un stage « Créer sa ferme en permaculture » les 24 et 25 février prochains. Une équipe pluridisciplinaire de 5 intervenants animera cette formation intensive pour poser les bases sur le monde agricole mais aussi et surtout sur comment utiliser la méthode de design, la penser au niveau entreprise (étude du terrain, Business Plan…).

Au Jardin Ressource, nous sommes motivés pour agir sur les deux tableaux : développer des projets permaculturels aussi bien en milieu urbain qu’en milieu agricole et rural.

On intervient également sur l’aspect conception de jardin ou de ferme auprès de particuliers. Ce pourrait aussi être auprès d’entreprises dans l’idée de concevoir un projet paysager s’intégrant dans un ensemble.

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©Lisa Huber

La cartographie fait aussi partie de nos domaines d’intervention : relever le terrain, déterminer le type de sol… Nous l’avons fait récemment pour un de nos clients paysan-boulanger à qui on a transmis toutes les bases. Nous lui avons mis à disposition nos compétences techniques et le matériel. Nous l’avons accompagné dans la phase d’observation de son projet mais il souhaite élaborer le design lui-même.

Nous avons également une activité de coaching en jardinage et un service d’entretien du jardin. Lors de nos interventions, en plus de l’entretien, nous tenons à apporter des conseils aux clients pour les aider à évoluer vers quelque chose de plus écoresponsable.

# Quel est le message principal que vous voulez transmettre aux personnes qui suivent vos ateliers ?

Pour moi, il y a deux choses fondamentales à avoir bien en tête quand on se lance dans un projet de permaculture. Il faut tout d’abord avoir défini clairement le projet et ensuite, il faut absolument définir une gouvernance, s’appuyer sur l’intelligence collective.

Ainsi, si on envisage de créer un jardin partagé dans sa ville, il faut vraiment se poser la question de comment on s’organise collectivement. Les projets de ce type sont de plus en plus nombreux et c’est tant mieux ! Malheureusement, beaucoup se plantent à cause d’une mauvaise organisation à l’origine, les projets sont peut-être mal définis, les visions sont différentes, c’est mal structuré, etc. Il reste bien souvent un noyau dur qui porte la dynamique mais au bout d’un moment, il s’essouffle et le projet finit par être abandonné.

Donc c’est vraiment cela que nous souhaitons transmettre : la notion de gouvernance qui est fondamentale. Après tout, il n’existe pas de jeu sans règles…

# Quelle tendance avez-vous noté ces dernières années ?

 La permaculture est encore récente en France. Elle commence à avoir une certaine visibilité depuis les années 2010 seulement alors qu’elle a été inventée dans les années 1970 en Australie. Elle s’est bien développée en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans d’autres pays anglo-saxons et même germanophones. Elle a mis une vingtaine d’années avant d’arriver chez nous. La barrière de la langue n’a pas facilité les choses ! Mais depuis, beaucoup d’ouvrages ont été traduits. Et puis, il faut dire que c’est aussi une histoire de mentalité. Les Australiens, les Néo-Zélandais et les Américains sont mus par un esprit pionnier, « Do It Yourself » moins présent chez les Français. Nous avons tendance à nous méfier, à attendre des références techniques ou économiques, des exemples qui marchent. La prise de risque peut paraître compliquée car il y a un tel changement de paradigme ! Passer du conventionnel à la bio c’est déjà compliqué, alors…

D’ailleurs au niveau du monde agricole, on peut faire un parallèle entre ce qu’était la bio dans les années 1970 avec la place de la permaculture aujourd’hui. Le phénomène est encore marginal. Mais la grosse différence c’est qu’en 2017, il y a Internet ! Tout va plus vite, la présence est plus forte et la diffusion plus massive.

En tout cas, on remarque de plus en plus que les personnes qui s’intéressent à la permaculture ne sont pas des paysans à la base. Elles ne sont donc pas dans une problématique de reconversion mais sont plutôt animées par une éthique très forte avant l’aspect économique.

Ceux qui s’adressent à nous sont souvent des étudiants, des jeunes actifs… ou des retraités ! Ce sont deux âges de la vie propices au changement.

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©Eric Ward

#Avez-vous une petite anecdote que vous souhaitez partager ?

Un couple de particuliers nous a contactés pour l’entretien de leur jardin. Nous sommes donc allés chez eux pour cela. Et au fur et à mesure de la discussion, ils nous posaient des questions sur ce qu’était la permaculture, ce que nous proposions. Ils ont donc eu envie que nous montions un projet. Nous leur avons proposé de suivre une de nos initiations pour mieux comprendre le fonctionnement. Et finalement, ils ont voulu monter le projet eux-mêmes, avec notre accompagnement ! C’est super parce que l’on peut vraiment co-construire avec eux.

Merci Joris pour toutes ces explications, on comprend mieux ce qu’est la permaculture ! Pour plus d’infos, n’hésitez pas à vous rendre sur le site du Jardin Ressource https://www.lejardinressource.fr/

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Le Jardin Ressource

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Julien Burgaudeau
Le Jardin Ressource



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