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Interview : Evor nous emmène dans sa Jungle Intérieure !

Depuis quelque temps, nous entendions parler d’une mystérieuse jungle nichée en plein cœur de Nantes. Quelques mails et stations de tram plus tard, nous nous retrouvons dans ce jardin extraordinaire en compagnie d’Evor. Il nous présente sa Jungle Intérieure, une escale du Voyage à Nantes à ne surtout pas manquer !

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®Evor

Du jardin à la jungle

Evor nous reçoit Passage Bouchaud au centre-ville de Nantes. En levant la tête, on peut apercevoir quelques plantes qui surplombent les façades. A ce stade-là, nous étions loin d’imaginer ce qui nous attendait ! Quelques étages plus tard, c’est la claque ! Des centaines de plantes qui jonchent les surfaces en un mélange harmonieux et plein de vie. Cette Jungle Intérieure, c’est Evor, artiste plasticien et féru de végétal, qui l’a créée. Le Nantais d’adoption a commencé par cultiver son propre jardin :

« Ici, c’est vraiment un jardin. Ce n’est pas une œuvre d’art, même si ma démarche est artistique, dans le sens où elle n’est ni technique, ni scientifique. Mon jardin n’a pas été mûrement réfléchi, ni designé en amont. Je dispose les plantes selon les besoins de chacune en matière de luminosité bien sûr. Mais c’est avant tout du bricolage, je teste, j’expérimente. Je le vois un peu comme un jardin d’acclimatation à la nantaise en quelque sorte. »

Eh oui en effet, le jardin d’Evor mêle des végétaux de toutes sortes. Toutes les plantes sont en pot et forment un mélange joyeux de couleurs, formes et textures différentes.

« Mon jardin personnel ne représente qu’une petite partie de cet ensemble. Ce sont en fait diverses rencontres qui m’ont amené à le développer pour en faire ce qu’il est aujourd’hui. Des personnes de la Ville et notamment du SEVE (NDLR : le Service des Espaces Verts de Nantes) ainsi que Jean Blaise (NDLR : directeur artistique et personnalité incontournable de la Culture nantaise) ont eu l’occasion de découvrir mon jardin. Aujourd’hui, les habitants de l’immeuble profitent de cette omniprésence du végétal tous les jours. »

C’est justement à ce moment qu’une dame, visiblement patiente du cabinet de dentiste voisin, sort sur le petit balcon à quelques mètres de nous, pour prendre une photo de la Jungle Intérieure.

« Et voilà, c’est cela que je cherche ! Je souhaite susciter la curiosité chez les gens, les inciter à la communication. Depuis que le jardin est installé, il y a beaucoup plus d’échanges dans le voisinage. Les plantes sont un moyen de communiquer. Je les place de façon à ce que les voisins aient la meilleure vue lorsqu’ils rentrent ou partent de chez eux. Ou depuis leur fenêtre. D’ailleurs, j’ai remarqué que depuis que le jardin est installé, les voisins prennent de moins en moins en l’ascenseur et privilégient les escaliers. »

Cette Jungle Intérieure, c’est à n’en pas douter une passion ! Y a-t-il un autre objectif derrière tout cela ?

« Pour moi, c’est un plaisir personnel, une passion en effet, et même presque une obsession ! Mais mon objectif avec ce jardin c’est quand même d’encourager les gens à faire pareil. A Nantes, il y a énormément de petites cours laissées quasiment à l’abandon alors qu’il y a un potentiel immense. J’encourage les gens à introduire plus de végétal chez eux, sur leur balcon, dans leur cour. Ne pas hésiter à solliciter les mairies. Et puis, en se débrouillant bien, par exemple en faisant de la récup’, il y a vraiment possibilité de faire des choses extraordinaires avec peu de moyens. En revanche, il faut décider d’y passer un peu de temps. Mais pour quel effet et quels résultats ! Pour moi, ça vaut le coup.

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®Evor

Je vois un jardin comme quelque chose de très métaphorique. C’est d’abord un lieu de communication, d’attention particulière au vivant. Je suis peut-être extrême, mais pourquoi ne pas apporter autant d’attention au végétal qu’à l’humain après tout ? Un jardin, c’est un peu d’eau et beaucoup d’attention. Je vois le végétal comme de la poésie et comme du bien-être à portée de main.

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®Evor

Il nous ramène à notre rapport à la Nature. Il permet de nous connecter au temps du point de vue de la plante. Le jardin nous oblige ainsi à être totalement présents, à ne rien faire d’autre. Il nous offre le luxe de la contemplation que l’on perd dans nos façons de vivre aujourd’hui. Nous sommes toujours pressés, toujours sur nos écrans, toujours à faire plusieurs choses à la fois pour être plus performants ou plus productifs. Le jardin nous impose de faire un break.

Il permet aussi la venue de nouveaux insectes. C’est vital vu ce qui se passe en ville et dans nos campagnes : les oiseaux disparaissent et les abeilles, n’en parlons pas ! D’ailleurs, nous avons pour projet d’installer des ruches ici. »

Que penses-tu des projets de plus en plus nombreux autour de la végétalisation des villes ?

« J’avoue être un peu pessimiste sur ce point. Plus de vert dans les villes : oui, je suis pour bien évidemment ! Mais je constate qu’en France, il y a beaucoup de vandalisme. De belles initiatives sont à peine en place qu’elles sont tout de suite détruites. Lors de mes résidences à l’étranger, j’ai vu des choses magnifiques, notamment au Japon ou à Bruxelles. Les gens font davantage preuve de respect. Je trouve cela tellement dommage, car on a besoin du végétal, c’est notre nature ! Depuis l’enfance, je suis très sensible à la Nature : le vent dans les peupliers, l’arrivée des premiers pollens… Je n’ai pas de mots pour décrire le bien-être que cela me procure !

Alors oui, apporter plus de végétal en ville c’est indispensable. Cela permet de créer du lien. C’est une question de bien-être, de reconnexion avec la Nature, un moyen de faire une pause.

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®Evor

J’aime beaucoup Nantes, j’y vis depuis que j’ai 18 ans. Je vois la ville évoluer, il y a plein de belles choses qui se font. Malheureusement, je constate aussi qu’on ne préserve pas assez les arbres, notamment les arbres remarquables. Beaucoup sont détruits pour construire des logements alors qu’il est possible de faire autrement. Par exemple à Berlin, une ville qui a pourtant été totalement reconstruite, les arbres sont préservés.

Dans les villes, certains balcons ressemblent à de véritables dépotoirs. On y stocke tout et n’importe quoi, ça devient horrible. Pour moi, en prenant soin de mettre du végétal sur son balcon, on offre un cadeau aux passants : le plaisir de regarder de jolies plantes ».

Des conseils pour faire une mini jungle intérieure chez soi ?

« Commencer petit. Ici, il y a des centaines de plantes donc cela demande énormément d’entretien. Une voisine m’aide, heureusement ! Rien que pour ma partie à moi, il me faut 1h30 tous les 3 jours pour arroser en été. Mais on peut très bien se donner comme objectif de très bien soigner une seule plante et pourquoi pas en ajouter au fur et à mesure. Jardiner, c’est très simple ! Je ne crois pas beaucoup au fait d’avoir ou non la main verte. Une plante n’a besoin que d’un peu d’eau, de lumière et de beaucoup d’attention. Plutôt que de disposer d’un talent particulier pour jardiner, je dirais qu’il faut un minimum de volonté et d’investissement.

Il est également nécessaire de se départir de toutes les idées reçues ou de croyances erronées. Par exemple, on entend souvent dire que la vigne vierge détruit les murs. C’est complètement faux ! Une vigne s’accroche comme une ventouse. Ce n’est pas elle qui abîme la surface. Si un crépi tombe, c’est simplement qu’il est trop vieux et qu’il est temps de le remplacer. La vigne n’a rien à voir là-dedans. »

En quittant Evor, je fais comme tous les habitants de l’immeuble : je choisis de prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur. Quel bonheur de redécouvrir le jardin à chaque étage ! Selon les niveaux, l’impression est différente. Tout en haut avec une vue qui surplombe, j’ai une impression d’infini. Les végétaux s’étalent à perte de vue. Plus je descends, plus je m’enfonce dans cette jungle. Je suis vraiment entourée de verdure et ça fait un bien fou ! Un vrai régal pour les yeux mais aussi, une sensation de bien-être tout enveloppante. J’en redemande.

Alors n’hésitez pas à venir découvrir cette fabuleuse jungle urbaine durant tout l’été dans le cadre du Voyage à Nantes !

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®Evor

Retrouvez également le travail d’Evor sur son site Internet evor.fr et sur son Instagram evorism.

 

 



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