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Interview : le Corporate Gardening expliqué par Culture d’Entreprise

Aujourd’hui, nous sommes partis à la rencontre de Yann Lescouarch, un entrepreneur de 38 ans qui a créé, il y a bientôt 3 ans, Culture d’Entreprise. Cette micro-entreprise locale a pour but de créer et d’animer des potagers bio au sein des entreprises. Et aujourd’hui, il nous parle de corporate gardening !

culture d'entreprise - yann lescouarch - corporate gardening - potager entreprise

Pendant la préparation de l’interview, tu m’as parlé de corporate gardening, est-ce que tu peux m’expliquer ce qui se cache sous ce terme ?

Le Corporate Gardening, c’est faire du jardinage ensemble au sein d’une entreprise. En fait, dans ma petite expérience de jardinier, j’ai pu faire 2 constats :

  • Le premier, c’est que j’avais des collègues ou des amis qui me proposaient de venir me donner un coup de main dans mon potager, que je gérai. Et comme il n’était pas loin du boulot, j’y allais régulièrement pendant ma pause déjeuner. Donc, mon premier constat, ça a été de voir qu’il y avait des gens qui avaient envie de jardiner.
  • Le 2eme, c’était que dans les différentes boîtes où j’ai bossé, il y avait toujours des espaces verts mais stériles, c’est-à-dire une pelouse ou un massif de fleurs un peu défraîchit.

Donc à partir de ce constat-là, je me suis demandé s’il n’y avait pas moyen de transformer ces espaces stériles en espaces productifs, mais doublement productifs, parce que du coup, on produit à la fois des choses tangibles comme des kilos de légumes et des choses moins tangibles mais tout aussi importantes comme du lien social.

 

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Comment as-tu commencé cette aventure ?

Quand j’ai quitté mon ancienne entreprise, j’étais logisticien à l’époque, j’ai parlé à ma direction de mon projet en leur disant que ça aurait été bien qu’ils soient mes premiers clients. Ils ont été plutôt emballés par l’idée, avec, par contre, un doute qu’en à l’adhésion des collaborateurs au concept. Ils ont lancé un sondage en interne pour mesurer l’intérêt et ça a été un peu un raz-de-marée puisqu’il y a eu environ 75 manifestations positives en une demi-heure ! Ce qui leur a permis de dire en une demi-heure « Banco, on y va ! ».

Ça m’a fait une première belle expérience, et l’entreprise (Maison du Monde à Vertou), étant elle-même dans un réseau de distributeurs, ça m’a aidé à faire connaître le concept et à me faire de nouveaux clients. C’est ce qui me permet de dire aujourd’hui que mes clients satisfaits sont mes commerciaux.

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Aujourd’hui, tu comptes combien d’entreprises / clients ?

Il y a 3 ans, j’ai commencé avec un premier client, il y a 2 ans, j’ai débuté la saison avec 3 clients, et cette année, j’entame la saison avec 9 clients. Donc, on est sur une progression x3 sur 3 ans ! Bon… je ne pense pas qu’on sera à 27 l’année prochaine… (rire)

Est-ce que tu arrives à en vivre aujourd’hui ?

Oui, tout à fait, depuis cette année j’en vie complètement. 100% de mes revenus sont tirés de cette activité-là.

Comment s’est passée ta reconversion ? Est-ce que tu as suivi une formation ?

Non, non, en fait, j’ai fait une formation empirique, c’est-à-dire que j’ai vraiment appris sur le tas par passion. J’ai récupéré un petit potager d’un grand-père, qui était parti en maison de retraite. Ses enfants avaient passé une annonce et j’étais le seul à me proposer. Donc, j’ai « hérité », si je puis dire, d’un jardin avec des fruitiers et de la belle terre sur 250 m². Je suis parti de rien et j’ai expérimenté en me renseignant sur internet, en achetant des bouquins et en échangeant avec d’autres jardiniers. Et au final, je me rends compte aujourd’hui que ce n’est pas nécessaire, ni même utile, d’être trop calé en la matière, puisque la population à qui j’ai à faire, est néophyte. Si j’étais trop sachant, trop pointu, je risquerais de perdre les gens en route. Ils sont là pour prendre du plaisir et tu ne prends pas nécessairement de plaisir dans un cours magistral.

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Et sur le long terme y a-t-il toujours une adhésion des salariés ?

Et bien, curieusement oui ! Et ce qui est marrant, c’est de voir la différence de typologie des adhérents. Au début, on a des gens qui sont séduits par le concept, qui viennent par curiosité, ou parce qu’ils sont frustrés de ne pas pouvoir faire un jardin chez eux, ou encore parce qu’ils n’osent pas se lancer et ont besoin de conseils. Et puis après, au fil de l’année, il y a des personnes qui n’étaient pas intéressées de prime abord et qui, en voyant leurs collèges radieux revenir de leur pause dej’ au jardin, se sont dit « je vais quand même aller y faire un tour ». Et au final, ils y prennent goût !

On a des effectifs tournants en fait. Le but, c’est qu’ils se sentent libres et qu’ils prennent du plaisir, on est vraiment sur une démarche axée sur le bien-être du salarié.

As-tu un retour des entreprises ?

Pour ceux qui participent, c’est assez unanime, tout le monde adore venir faire sa petite pause au jardin ! Il y a des gens qui redécouvrent des parfums, des gens qui aiment le fait de patouiller dans la terre et d’autres que ça décomplexe ! Certains ont reproduit chez eux ce qu’ils ont appris pendant mes ateliers, en enlevant un petit coin de pelouse ou en faisant un petit carré potager sur leur terrasse.

Ce qui est assez surprenant, et auquel on ne s’attendait pas, c’est qu’il y a des remontés de personnes qui ne participent pas au potager, mais qui seraient prêtes à monter au créneau s’il était question que ça s’arrête ! C’est-à-dire que, sans même participer, les salariés sont assez fiers de voir que leur entreprise s’est engagée dans ce genre de démarche ; parce que même s’ils ne participent pas, dans certaines entreprises, ils vont pouvoir profiter des récoltes du potager.

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Combien de fois par semaine, en moyenne, interviens-tu dans l’entreprise ?

C’est variable. Ce que je commercialise, c’est une prestation de création et d’animation et on décide avec l’entreprise cliente de la fréquence d’intervention. Elle est conditionnée par l’espace mis à disposition mais aussi par le nombre de salariés intéressés et par le budget accordé. En amont du projet, il y a tout un travail d’écoute des besoins de l’entreprise et des salariés, qui conditionne aussi mon nombre d’interventions dans l’entreprise.

Et dans ton offre tu fournis tout le matériel ?

Alors, oui, ça c’est un de mes arguments commerciaux qui fait mouche. Mon entreprise cliente est dédouanée de toute tracasserie administrative, de sourcing etc. Je prends vraiment tout en charge, de la création à l’animation du jardin, en passant par le matériel, les graines et même une aide à la communication !

Dernière question : qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter pour l’avenir ? 

Eh bien, ce n’est pas tant « me souhaiter », c’est souhaiter que ces initiatives d’entreprises qui rajoutent du vert et de la biodiversité dans leurs espaces, fassent tâche d’huile et que ça devienne le standard pour tous.

Merci Yann



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